mardi 25 mai 2010

Modes et gouvernance - L'austérité budgétaire en question

L'Austérité Budgétaire. Pendant les semaines à venir, prononcez cette expression et vous serez quelqu'un de branché. Pas besoin d'être original, le simple fait d'énoncer ces mots magiques cristallisera l'attention de votre public.
Car c'est ainsi que ça se passe. Certains mots arrivent à voyager en première classe dans nos médias. Ils disposent alors d'un tas d'avantages: donner un ton au reste de l'actualité, faire trembler les citoyens, et surtout rythmer le quotidien de nos politiques. Attention dès lors aux effets pervers. Car un emploi excessif pourrait se traduire en politiques démesurées.
  • Le paradoxe de l'austérité
L'austérité, donc, également appelée rigueur budgétaire (pure question de sémantique). Après la Grèce, la fièvre d'adoption de plans de rigueurs s'en prend au Portugal, à l'Espagne, à la Grande-Bretagne, à l'Irlande et maintenant à l'Italie. Et la contagion à d'autres pays européens est prévisible. Une réaction à priori logique face à la crise financière et à la récession. Mais est-ce pour autant la bonne réaction? Certains en doutent, du Fond Monétaire International jusqu'à la Maison Blanche. Pour le FMI, le risque est de vouloir en faire trop. "Ce serait une erreur", estime l'économiste en chef du fonds, les marchés financiers se sont longtemps endormis sur le risque budgétaire, et face à ces réactions (trop?) fortes des Etats, ces marchés pourraient "se réveiller et s'affoler" jusqu'à créer la panique.
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Par ailleurs. ces politiques d'austérités pourraient aboutir, sans grande surprise, à l'effet inverse de celui recherché. Donnez moins d'argents aux citoyens, ils consommeront moins. La contraction du PIB est alors inévitable. Bonjour l'explosion du chômage, et donc la diminution des recettes fiscales.
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A cela s'ajoute les inquiétudes de l'équipe de Barack Obama. Celle-ci constate à son tour une "incertitude sur les perspectives de la croissance mondiale". Derrière ces mots, se cache un important problème pour les Etats-Unis. En effet, la zone Euro est le premier débouché pour les exportations des entreprises américaines. D'où les inquiétudes de voir un ralentissement de la croissance eu Europe, ajouté à une hausse du Dollar.
  • Semaines cruciales
Les mesures d'austérités et autres rigueurs budgétaires ne seraient donc pas les outils utiles à une croissance économique. Du moins, faut-il en douter sérieusement. Une alternative? La position de la Commission est claire sur le sujet. Et elle rejoint celle du président de l'Eurogroupe. Selon eux, les Etats-membres plongés dans une situation catastrophique doivent effectivement faire des efforts. Par contre, les autres devraient se concentrer sur la relance économique plutôt que sur le retour à l'équilibre. Plusieurs économistes lancent également leurs pistes de réflexion, allant d'une simple application des mesures déjà approuvées (plan de rigueur pour la Grèce, plan de soutien de la zone Euro et poursuite par la BCE du rachat d'obligations d'Etat si nécessaires), jusqu'à des propositions de sortie de l'Euro.
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Autant dire que les semaines à venir seront cruciales et qu'elles dessineront sans aucun doute le visage de l'Union Européenne de demain. Espérons que ses dirigeants ne succomberont pas aux effets de mode et autres jeux de manche au détriment d'une gouvernance intelligente et responsable.

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